LOFT STORY 2001
  vérités, études, rumeurs et hypothèses


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INTERVIEW D'UN PSYCHANALYSTE
( Source : La Dépêche du Midi )



Alberto Eiger est psychiatre et psychanalyste. Il est le président de la société des thérapies familiales et psychanalytiques d'Ile-de-France. Il vient d'écrire un ouvrage (1) sur les perversions, et nous explique que Loft Story est loin d'être une histoire d'amour...


LA DEPECHE DU DIMANCHE.- L'émission est présentée comme une « fiction réelle ». Mais dans la vie, les jeunes ne sont pas enfermés?

Alberto EIGUER.- Vous avez raison. Loft Story est une mise en scène de ce qu'on nous présente comme un simulacre de la vie. Mais ce n'est pas la vie. Cette émission touche un concept: on y expérimente une situation extrême, pour prouver quelque chose. Les jeunes vont souffrir. On les met dans une situation extrême de performance, de rivalité.

DDD.- Les candidats peuvent-ils jouer un rôle en permanence?

A. E.- C'est très difficile pour eux. Le regard des autres, la confiance, les conduisent progressivement à devenir naturels. C'est là qu'intervient un phénomène de groupe, dans lequel l'émotion est très forte; ils vont s'idéaliser, s'admirer. C'est ce que nous appelons l'illusion groupale, et c'est le moment actuel. Les candidats s'isolent du monde, aussi. Ils ignorent le monde, et pas seulement parce qu'ils sont privés de liberté ou de nouvelles de l'extérieur. Quand vous réunissez un groupe, la densité des rapports et des relations conduit naturellement à s'isoler; les membres du groupe se considèrent comme différents, se sentent des élus, des êtres supérieurs. C'est une constante de la psychologie de groupe.

DDD.- Vous parlez d'expérience. Mais les jeunes ne sont pas des poissons rouges que l'on observe dans un bocal?

A. E.- Cela s'appelle du voyeurisme. Le téléspectateur regarde des jeunes s'approcher sexuellement. C'est la situation idéale du voyeur; il a l'avantage sur celui qui est regardé.

DDD.- Avec la télévision, Internet, notre société est de plus en plus voyeuriste. Pourquoi?

A. E.- Oui, notre société devient plus voyeuriste, et plus exhibitionniste aussi. C'est flagrant sur Internet. Vous voyez des gens exposer leur sexualité, mais aussi des familles qui se montrent dans leur vie quotidienne. Cette émission fait appel au voyeurisme, mais je la trouve aussi assez sadique.

DDD.- Pourquoi parler de sadisme?

A. E.- Des gens, des adultes, une production, ont inventé un système pour placer des jeunes en situation extrême. Il n'est pas exclu qu'ils se fassent mal entre eux. Ce qu'on leur demande est très pervers: d'un côté, on leur dit de s'aimer, de rester unis, et de l'autre, on leur dit aussi de s'éliminer. A la fin de l'émission, ils ne seront plus que deux. Ils sont déjà en situation de souffrance. Ils ont pleuré. Cela frôle le sadisme. Et nous, qu'est-ce-que cela va nous apprendre de voir ces jeunes souffrir?

DDD.- Justement. Pourquoi ce type d'émission?

A. E.- Vous avez remarqué, sans doute, que quelques uns des jeunes ont parlé de leur famille, monoparentale. L'un des deux parents les a maltraités, ou négligés. Je pense que notre société a un manque de modèle clair, un modèle père- mère. Alors elle regarde comment cela se passe, comment on devient adulte. La deuxième raison est différente, et presque inverse. Les adultes ne supportent pas la liberté des jeunes, la liberté conquise, les jeunes font l'amour, ou pas, ils ont des expériences, sont libres. Au travers de cette émission, les adultes regardent, observent, espionnent ce qui leur échappe en général, c'est-à- dire la sexualité des jeunes.- S. B.

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(1) « Les perversions sexuelles et les perversions morales », d'Alberto Eiguer. Editions Odile Jacob

 




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